10/11/2010

Intégration Européenne : Lueurs d’Espoir ?

La conclusion de l’accord militaire historique entre la Grande Bretagne et la France et notamment l’inclusion d’un volet « nucléaire » - même limité - constitue un fait politique majeur dont l’importance n’est peut-être pas appréciée à sa juste valeur. Même si on peut attribuer l’accord en partie à la pression financière due aux déficits budgétaires, eux-mêmes aggravés par la crise, il ne faut surtout pas bouder son plaisir.

Ces deux grands pays ont ainsi démontré une capacité inhabituelle de donner une nouvelle impulsion à l’intégration européenne dans le domaine militaire, resté longtemps le « parent pauvre » de la coopération. Depuis les traités de la CECA et de Rome, l’Union a donné la priorité à la gestion des défis économiques et plus accessoirement sociaux au détriment des impératifs de défense qu’elle abandonnait volontiers entre les mains des Etats-Unis. Elle a ainsi sérieusement handicapé sa capacité de tenir son rang en tant que « puissance politique » dans le concert des nations, dans des dossiers cruciaux comme la guerre d’Irak, le conflit Israélo-palestinien ou encore les négociations sur l’environnement et le climat.

Le chemin est évidemment encore long, mais le fait que le Royaume-Uni est prêt à promouvoir cette initiative est porteur d’espoir pour ceux qui veulent que l’Union puisse déployer sans complexe l’ensemble des atouts dont elle dispose.

Ainsi, avec l’acceptation implicite d’une « puissance » plus limitée sur l’échiquier mondial, on peut rêver que l’opposition viscérale de la Grande-Bretagne à une participation dans l’Union Economique et Monétaire n’est peut-être pas insurmontable à moyen terme. Comme cela a été constaté dans le passé, c’est souvent le parti le plus opposé historiquement à une mesure au contenu émotionnel ou dogmatique fortement ancré, qui a les meilleures chances de faire accepter un changement de direction par l’opinion publique. Le flegme avec lequel les britanniques ont apparemment accepté les énormes sacrifices que leur impose l’indispensable redressement financier du pays est symptomatique d’une capacité peu commune d’agir avec réalisme lorsque les intérêts vitaux sont en jeux.

Pour la France aussi cet accord constitue un bouleversement significatif qui, à terme, doit permettre la remise en cause de l’image déformée qu’elle s’est façonnée d’elle-même. Les présidences françaises du G8 et du G20 devraient permettre d’envisager de manière constructive cette évolution dont le Président a esquissé les grandes lignes lors de son allocution annuelle à la conférence des Ambassadeurs français à l’Elysée.

Elle laisse notamment entrevoir la possibilité d’autres avancées dans des domaines sensibles tels que la réforme du Conseil de Sécurité où un rôle accru de l’Union renforcerait considérablement la crédibilité du Service Diplomatique Européen dont la mise en place se fait si péniblement.

Une évolution parallèle est souhaitable pour ce qui est de la représentation de l’Euro au sein des instances financières et monétaires internationales. L’élargissement de l’UEM prévue par le Traité et le ralliement de la Grande-Bretagne suggéré ci-dessus, permettraient une intégration et régulation plus harmonieuses des marchés financiers européens. Leur efficacité en serait renforcée et les contradictions inévitables issues d’une règlementation encore largement nationale et d’une « politique monétaire » unifiée au niveau de l’UEM seraient plus aisément surmontées.

La voix de l’Union en sortirait considérablement renforcée au niveau du G20 et du FMI (comme à l’OMC où l’Union parle d’une seule voix) ainsi que dans les négociations bilatérales avec les principaux acteurs du monde globalisé. Cela ouvrirait des perspectives importantes dans la défense efficace des intérêts vitaux du citoyen européen dans le contexte de la mondialisation.

Plutôt que de s’escrimer à réclamer la création d’un nouvel instrument monétaire international artificiel au nom du « multilatéralisme » et d’un principe mal placé de « justice immanente », l’Union pourrait faire de l’Euro une « alternative » crédible au dollar américain. Ainsi, s’imposerait, non seulement aux Etats-Unis, mais à toute autre puissance désireuse de faire de sa monnaie un instrument d’échange accepté mondialement, la discipline nécessaire sur les plans budgétaires et de l’endettement. Dès lors, les avantages retirés des privilèges conférés seraient conditionnés par le respect d’obligations contraignantes, générées en partie par des règles négociées et en partie par les marchés.

En conclusion, si la crise économique et financière créé – tant par nécessité que par conviction mais préférablement les deux – une opportunité d’impulser une nouvelle accélération de l’intégration européenne, alors s’ouvrira une perspective où les sacrifices incontournables qui restent à supporter deviendront plus acceptables. Ils incombe prioritairement aux responsables politiques de convaincre le citoyen qu’une sortie de crise « par le haut » est une réelle possibilité mais qu’elle est totalement  incompatible avec un repli sur soi, des instincts protectionnistes ou nationalistes qui alimentent le discours de ceux qui propagent l’égoïsme, la discrimination, l’injustice et la haine.  

11:32 Écrit par Paul N. Goldschmidt 13 Ave. Victoria 1000 Bruxelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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