21/10/2010

Les larmes « du » crocodile De Wever !

Rendons à César ce qui est à César et reconnaissons que Bart de Wever a écrit et exécuté sa partition magistralement.

Sa formation d’historien l’a, sans aucun doute, familiarisé avec les techniques « nationalistes et populistes » qui ont fait flores au cours de la première moitié du XXème siècle. Comme certains de ses prédécesseurs l’avaient fait, avant d’accéder au pouvoir par la voie des urnes, il a, lui aussi, consigné de manière claire et sans ambigüité son programme politique avec comme objectif ultime le séparatisme pour la Flandre avec sa spécificité linguistique, culturelle et territoriale. Il a aussi compris que pour y arriver, il fallait être le « meneur » du jeu confinant les partenaires à réagir à ses initiatives.

Ainsi, depuis son retrait de la « négociation » à 7, il a dicté le déroulement des opérations : il s’est « imposé » comme clarificateur avec un objectif précis. Vu la grande qualité rédactionnelle du texte de sa Note (et de sa version française) – ce qui est tout à son honneur – je suspecte qu’une grande partie de celle-ci avait été rédigée avant la rupture.

Elle créait une situation « win – win » (gagnant-gagnant) car de deux choses l’une : 

-          Soit cette stratégie débouchait sur une reprise des négociations sur base des exigences de la NVA au cas où – cherchant toujours l’« apaisement » - les autres partis auraient fait, une fois de plus, crédit à la sincérité de son Président.

-          Soit elle renforçait considérablement le prestige du « leader » auprès de la population néerlandophone en donnant l’illusion d’avoir fait une proposition « de compromis » alors qu’il savait pertinemment qu’elle ne pouvait être acceptée.

Au lendemain de cet épisode on doit constater que les partis francophones ne se sont pas laissés embarquer, comme autrefois Messieurs Daladier et Chamberlain, et ont – à juste titre – rejeté du revers de la main le piège tendu.

C’est donc la seconde alternative du pari gagnant qui s’impose: les chaudes larmes que Bart de Wever a versées sous le poids du TGV qui lui est passé sur le corps, alors qu’il avait démontré tant de « bonne foi » et fait tant de « concessions »(sic), ont été rapidement essuyées lorsqu’il a pu se consoler par le soutien quasi unanime et prévisible des partis et des ténors de la presse flamande qu’il a menés – sans faille - par le bout du nez.

La NVA a joué très astucieusement sur la contradiction entre un sentiment apparemment majoritaire au nord du pays (comme au sud) en faveur d’une Belgique unitaire et son propre objectif revendiqué (si tactiquement mis temporairement en sourdine) de séparatisme. Les citoyens flamands vont donc devoir, très rapidement, se déterminer entre deux alternatives, car le refus net des francophones ne leur accorde pas le luxe d’un nouveau sursis.   

-          Soit la Belgique « unitaire » avec ses trois Régions et Bruxelles comme capitale fédérale est une priorité absolue au regard des autres enjeux et alors la NVA sera prié de réduire ses exigences.

-          Soit, si les propositions de la NVA sont considérées comme un « minimum », une Flandre indépendante – sans Bruxelles – devient l’option préférée incontournable.

Il serait très souhaitable que les leaders d’opinion en Flandre se déterminent clairement par rapport à cette alternative et examinent les conséquences que chacune d’elles entraîne. Faute d’une telle démarche, la « majorité silencieuse » risque de se trouver entraînée malgré elle dans une aventure qu’elle ne souhaite pas, rappelant de fâcheux précédents. Céder aux sirènes « populistes » et s’accrocher à un espoir futile d’obtenir satisfaction en visant la mise sous tutelle de Bruxelles n’est pas une option réaliste maintenant que – enfin – la NVA a clarifié le débat et la ligne rouge a été implicitement tracée.

Dès lors comment peut-on avancer ? Même si une large majorité des partis politiques rejettent l’idée de nouvelles élections immédiates à cause de la perte de temps engendrée (alors que des problèmes sociaux économiques urgents doivent être appréhendés), leur coût superflu et la perspective que le résultat ne résoudrait rien, il n’en reste pas moins vrai qu’il sera  impératif de faire entériner, d’abord par les urnes et ensuite par le Parlement, tout projet qui émergerait d’un compromis négocié.

C’est pourquoi je réitère une suggestion antérieure de redynamiser temporairement le gouvernement fédéral en place, le temps de permettre la rédaction par un groupe d’experts de haut niveau d’un nouveau projet pour le pays. Il s’appuierait en partie sur les travaux constructifs des quatre derniers mois (y compris la Note De Wever), mais viserait prioritairement à simplifier l’architecture institutionnelle en établissant une hiérarchie des normes entre les différents niveaux de pouvoir. C’est alors seulement qu’il deviendrait possible de s’accorder sur les transferts de compétences, de moyens et de responsabilités. Ce projet, revu et corrigé par les partis politiques, serait alors soumis au verdict des urnes donnant ainsi à l’électeur le dernier mot. Soit le nouveau Parlement entérine les réformes, soit on s’attèle aux négociations pour une séparation du pays dans le respect du droit international et du Traité de l’Union Européenne.

12:21 Écrit par Paul N. Goldschmidt 13 Ave. Victoria 1000 Bruxelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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