13/05/2010

Flash: Le Mécanisme de Stabilisation Financière Européen

(Une bombe à retardement avec un fusible armé!)

 

Au fur et à mesure que les détails des décisions historiques prises ce weekend dernier par l’ECOFIN se précisent, les craintes exposées dans mes analyses précédentes ne font que se confirmer.

 

Dans les conclusions de l’ECOFIN, on peut lire que l’élément essentiel du Mécanisme de Stabilisation Financière Européen, c'est-à-dire les €440 milliards fournis par les Pays Membres de l’UEM, sera structuré au travers d’un « Véhicule ad hoc » (SPV) qui « émettra d’une façon coordonnée des obligations bénéficiant d’une garantie au prorata des pays participants ». En d’autres termes, il s’agit d’une garantie « individuelle » et non d’une garantie « conjointe ».

 

Les implications de cette construction sont extrêmement perturbantes :

 

-          Une garantie individuelle (au prorata) implique que la notation (qui donne la mesure du risque de recevoir le service ponctuel de la dette en intérêts et capital) sera déterminée par le maillon le plus faible, en l’occurrence la Grèce, ou en tout cas proche de celle-ci étant donné le niveau très faible de son engagement. De surcroît, d’autres Pays Membres de l’UEM sont sur la liste d’emprunteurs soumis à surveillance avec implications négatives par certaines Agences de notation : si ces baisses de notations se concrétisaient, les titres de la SPV en souffriraient proportionnellement, ce qui pourrait rendre de nouveaux tirages difficiles. Dans ces circonstances une notation de « A » semble être la meilleure qui puisse être envisagée.

-          Le coût du financement sera grevé de façon significative, privant les bénéficiaires d’un des principaux attraits du recours au mécanisme, à savoir un taux d’intérêt proche de celui de l’Allemagne.

-          Un taux d’intérêt et une notation en dessous des niveaux optimaux auront des répercussions défavorables à long terme pour l’appréciation des titres émis par l’Union Européenne (y compris éventuellement rapidement sur ceux émis par la BEI). Cela induira psychologiquement une image dévalorisée de l’UEM et une mise en cause de la pérennité de l’Euro et, finalement, de l’Union elle-même. Le marché ne fera pas la distinction entre, d’une part, des titres émis par l’UE et bénéficiant d’une garantie budgétaire (qui implique une notation AAA et la garantie individuelle et solidaire des 27 Pays Membres) et, d’autre part, ceux émis par une SPV garantie par les Pays Membres de l’UEM, d’autant plus que l’Eurozone est sensée rassembler les pays bénéficiant de la meilleure solvabilité.

-          Les Agences de notation seront une fois de plus l’objet de critiques – cette fois totalement injustifiées – et ensemble avec les « spéculateurs » seront désignés comme bouc émissaires lorsque les politiciens chercheront des responsables de la prochaine attaque des opérateurs de marché.

 

 Une fois que les investisseurs auront pris la vrai mesure de ce qui est en train d’être mis en place, une grande partie du travail de l’ECOFIN sera rendu non seulement vain main même contreproductif car cela soulignera, une fois de plus, le manque de compréhension que nos dirigeants ont des mécanismes et motivations qui animent les marchés financiers.

 

Il n’est pas trop tard, mais il est urgent de corriger les failles structurelles du Mécanisme de Stabilisation Financière Européen. Cela sera, sans aucun doute, politiquement difficile mais néanmoins indispensable. Ma préférence, comme indiquée précédemment, comporte l’utilisation d’une garantie conjointe des 27 Pays Membres de l’UE plutôt que des 16 de l’UEM, configuration qui devrait faciliter son acceptation par l’Allemagne même si elle implique de convaincre la Grande-Bretagne. In fine, l’Allemagne trouvera peu de consolation d’avoir, pour un temps, limité sa garantie si, dans le déroulement du processus, c’est la construction même de l’UEM qui est anéantie et l’entraînera dans la débâcle. C’est pourquoi, il est de l’intérêt de chacun des 27 Pays Membres de se rallier à un système réellement communautaire et de montrer la solidarité inébranlable nécessaire à convaincre les marchés et rassurer les citoyens.

 

Bruxelles, le 13 mai 2010

23:38 Écrit par Paul N. Goldschmidt 13 Ave. Victoria 1000 Bruxelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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