28/04/2010

L’Union Européenne face à la crise

 

Dans les rebondissements à répétition auxquels on assiste ces derniers jours, un des plus dommageables potentiellement est une dégradation de la crédibilité de la BCE. En effet, il y a deux mois, lors de sa conférence de presse à l’issue du Conseil des Gouverneurs, le président Trichet se voulait rassurant en jugeant que le programme d’austérité soumis par la Grèce à ses partenaires était « crédible » et « suffisant » pour mériter un soutien sans faille des partenaires de l’UEM. Cette évaluation exprimait l’opinion « unanime » du Conseil des Gouverneurs. On avait fait le pari, à l’époque, que ces déclarations seraient de nature à calmer la spéculation, bien que les modalités de l’aide n’aient pas été spécifiées.

 

Dans les semaines qui suivirent, la pression des marchés força les gouvernements à préciser leurs intentions qui aboutirent à un accord « de principe » sur un montant d’€ 45 milliards financés pour deux tiers par les pays de l’UEM et un tiers par le FMI, dont on assurait qu’il n’y avait pas lieu d’envisager l’utilisation. Cette deuxième étape soulevait néanmoins d’importantes questions:

 

-          La première était la volte face faite par les partenaires de l’UEM sur la participation du FMI dans le soutien à la Grèce qui, après le rejet catégorique d’une telle intervention par la BCE, était soudain accueillie avec soulagement, mettant en relief la tiédeur de certains membres de l’UEM à soutenir « leur propre monnaie » !

 

-          La deuxième concernait la formule choisie d’une aide coordonnée mais néanmoins « bilatérale ». Cette procédure impliquait que chaque prêteur  satisfasse les prescrits de sa législation propre pour remplir ses engagements, ce qui dans certains cas impliquait une procédure parlementaire. Outre les délais que cela pouvait engendrer (la chute du gouvernement belge pouvant, le cas échéant, tout remettre en cause), cette formule créait un très fâcheux précédent renforçant le caractère intergouvernemental de l’UEM, alors que c’était au départ l’exemple emblématique d’une mise en commun d’un pouvoir régalien.

 

Lorsque, sous la pression des marchés, fort peu convaincus de la solidarité de l’UEM,  la Grèce – exclue des marchés financiers - a du demander l’activation du mécanisme de soutien, il est rapidement apparu que l’Allemagne exigeait de nouvelles conditions qui démentaient l’appréciation faite par la BCE sur l’adéquation du programme de redressement. Ce désaveu de la BCE, largement attribuable à des impératifs de politique interne, est hautement préjudiciable à sa crédibilité.

 

Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire, il est plus que temps que l’UE, par l’intermédiaire de la Commission, prenne la main dans la gestion de ce dossier. C’est à ce niveau que la solidarité doit s’exprimer sans la moindre équivoque. L’Euro est un des « biens publics » les plus précieux du citoyen européen et garant de la survie de l’Union elle-même. Il est donc de l’intérêt de tous les 27 pays membres (25 si on tient compte des dérogations), tous formellement engagés à rejoindre l’UEM par le Traité au terme de leurs programmes de convergence, de participer pleinement à la stabilité de la monnaie unique. C’est pourquoi, le soutien à la Grèce devrait se réaliser sous forme d’un prêt communautaire garanti par le budget (et donc la caution solidaire des Etats Membres). Ce prêt devrait être assorti des conditions financières reflétant le coût de l’emprunt (AAA) à lever par l’Union Européenne (dotée de la personnalité juridique depuis le Traité de Lisbonne), et des conditions économiques assurant un retour progressif à l’équilibre budgétaire.

 

La poursuite d’une approche réactive plutôt que proactive du problème grec ne peut que conduire, comme le prouvent les développements récents, à une exacerbation des mouvements spéculatifs et à une probabilité croissante d’une contagion aux titres de la dette d’autres pays membres. Leur capacité de se refinancer constitue à l’heure actuelle le plus grand risque d’une nouvelle crise bancaire à caractère systémique. Chaque fois, le coût du « sauvetage » sera plus élevé et l’obtention du consensus plus difficile.

 

Il ne faut se faire aucune illusion sur le fait que l’apparente résistance de l’Euro vis-à-vis du dollar reflète sa bonne santé. En réalité, elle ne reflète que les faiblesses structurelles du dollar lui-même ; face à une incertitude croissante sur la pérennité de la monnaie unique, ce faux semblant ne résistera pas.

 

Le moment est venu pour un engagement déterminé des responsables à faire preuve de volonté politique et à mettre en veilleuse leurs querelles politiciennes internes (Belgique – Hollande – Allemagne – Grande Bretagne - France) pour se préoccuper des besoins du citoyen en mobilisant tous les atouts dont dispose l’Union Européenne pour assurer son propre avenir. L’extension accélérée de la monnaie unique aux 27 (25) pays membres serait un signal clair dont les marchés ne manqueraient pas de tenir compte.

 

19:18 Écrit par Paul N. Goldschmidt 13 Ave. Victoria 1000 Bruxelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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