14/03/2010

Le Fond Monétaire Européen

Un habillage politique coûteux pour renforcer la discipline du Pacte de Stabilité et Croissance.

 

Parmi le déluge de propositions récentes qui se succèdent pour gérer la crise économique et financière, couvrant la règlementation des hedge funds, des produits dérivés, des rémunérations, la séparation des activités des banques de dépôts de celles des banques d’affaire ou la limitation (illusoire) de la spéculation, la dernière en date, suscitée par les déboires de la Grèce, concerne la proposition de la création d’un Fond Monétaire Européen (« FME »).

 

Remarquons tout d’abord que cette foison d’idées, mal maîtrisées, ne fait que renforcer la tendance pernicieuse du « chacun pour soi » et augure mal de la mise en place par le G20 d’une architecture d’un système financier globalisé, compatible avec une structure de réglementation/supervision cohérente et adaptée aux conditions qui prévalent dans chacune des grandes zones monétaires de la planète.

 

La lettre adressée par le Secrétaire américain Geitner au Commissaire Barnier, mettant en garde l’UE contre une règlementation visant à encadrer les hedge funds, au motif que des fonds américains, implantés à Londres pourraient voir leur liberté d’action restreinte au sein de l’UE, constitue un regrettable exemple de cette dérive. Ce défenseur zélé du libre échange oublie un peu vite que son patron, le Président Obama, a suggéré voici quelques semaines, et sans consultations préalables, la réinstauration de la séparation entre activités de banques de dépôts et d’affaires (Volker rule). Même si cette proposition a incontestablement du mérite, il ne fait aucun doute que son application unilatérale aux Etats-Unis entraînerait des conséquences entravant sérieusement la capacité concurrentielle des établissements bancaires européens opérant outre-Atlantique.

 

Quant aux diatribes contre les spéculateurs (membres d’une nébuleuse jamais définie avec précision), elles peuvent rassasier une opinion public frustrée mais sont rarement assorties de propositions destinées à s’attaquer à la racine du mal, à savoir les incohérences politiques, économiques et financières mises en évidence par les « spéculateurs ».

 

Tournons nous maintenant vers l’idée d’un FME. Elle a surgit pour deux raisons essentielles : du refus idéologique justifié d’un recours au FMI par un Etat Membre de l’Eurozone d’une part et de la constatation que le Traité de l’Union ne semble pas conférer aux organes communautaires les instruments nécessaires pour gérer la situation de manière efficace, de l’autre.

 

Or, il ne faut pas être d’une grande subtilité politique pour constater que la création du FME ne serait qu’un moyen détourné de donner de l’efficacité aux « sanctions » -pudiquement appelées « conditionnalité » - qui seraient, à juste titre, exigées de la part des Membres en contrepartie du soutien accordé. Rappelons que lors de la dernière révision du Pacte de Stabilité et de Croissance, l’orientation était précisément inverse, lorsqu’on s’était aperçu que plusieurs participants clefs (France et Allemagne) rencontraient de grandes difficultés à se plier aux exigences du Pacte tel qu’il avait été conçu à l’origine.

 

Un deuxième obstacle, que la création d’un FME permettrait de contourner - voir dissimuler - est la réticence viscérale de certains Pays Membres à engager la signature de l’Union. L’intermédiation d’une nouvelle « institution » servirait donc de cache-sexe à la garantie explicite accordée par les Pays Membres aux engagements de l’Union.

 

Or, ces deux objectifs louables pourraient être atteints beaucoup plus simplement (et économiquement) par une modification du libellé de la ligne budgétaire existante « aide à la balance des payements » (€ 50 milliards), dores et déjà accessible aux non membres de l’Eurozone, pour inclure l’ensemble des 27 Pays Membres. Il s’agirait simplement de réactualiser le mécanisme par lequel l’Union a pu, dans les années 1980 et 90, apporter son soutien lorsque des pays comme la Grèce (déjà) ou l’Italie rencontraient des difficultés. A l’époque, ces opérations se faisaient souvent avec la coopération technique du FMI et rien ne devrait s’opposer à ce que cette expertise utile soit, une fois de plus, mobilisée.

 

Si, pour atteindre ces objectifs nécessaires, il s’avère « politiquement » indispensable de passer par la création du FME, alors il faudra en accepter les coûts significatifs, les discussions sensibles sur l’attribution des « postes » et, surtout, les incontournables délais supplémentaires qu’une telle démarche implique.

 

Une fois débarrassée de son « habillage », la finalité du FME se résume à un pas dans la direction souhaitable d’une intégration économique plus poussée de l’Eurozone et à l’extension accélérée de l’UEM à l’ensemble des 27 Pays Membres, mandatée par le Traité.

10:24 Écrit par Paul N. Goldschmidt 13 Ave. Victoria 1000 Bruxelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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