03/09/2009

La Crise – Les Bonus – Le G20

 

Au vu de la place accordée aux « bonus des traders » dans les banques tant par les gouvernements que les médias, on serait justifié de penser qu’un accord sur cette question lors de la réunion du G20 à Pittsburgh serait et une mesure essentielle dans la réforme du cadre réglementaire des marchés financiers et un succès majeur dans la gestion de la sortie de crise.

 

Remettons les choses en perspective :

 

-          Il est certain que la structure des rémunérations des traders est malsaine dans la mesure où elle a engendré une prise de risque excessive.

-          Le montant « absolu » de certaines de ces rémunérations est obscène, notamment dans le contexte d’une crise économique et financière dont le coût est supporté principalement par le contribuable.

-          Il est particulièrement choquant que des institutions financières, qui ont recours au soutien de l’Etat sous quelque forme que ce soit, restent totalement libres d’accorder des rémunérations « hors normes ».

 

L’initiative prise par la France, qui a obtenu un soutien de l’ensemble des ministres des Finances de l’UE, de définir des standards acceptables est donc très utile, notamment la proposition qui consiste à exclure de tout « mandat  public» les institutions financières qui ne se conformeraient pas à des pratiques jugées « saines » en la matière. Plus que toute autre mesure, cette prérogative du « donneur d’ordre » est susceptible – à condition d’être réellement mise en œuvre -  d’inciter les grandes institutions financières à prendre en compte ces injonctions car ces mandats sont non seulement très lucratifs mais constituent également une source de prestige à laquelle elles sont particulièrement sensibles.  La prise d’intérêts à titre temporaire par de nombreux gouvernements dans des entreprises en difficulté laisse d’ailleurs entrevoir de juteux contrats de « privatisation » lors de la sortie de crise.

 

Cela étant, il faut que l’opinion publique sache :

 

-          Que les « traders » ne sont pas la cause de la crise financière.

-          Que les rémunérations excessives touchent un ensemble d’acteurs beaucoup plus large et notamment celles des Administrateurs et hauts dirigeants de sociétés dont le caractère est tout aussi choquant, sinon davantage. En effet, dans le cas des banques, ce sont eux qui sont responsables des rémunérations des « employés », y compris des « traders », dont ils se servent ensuite pour justifier leurs propres rémunérations faramineuses.

 

Sans minimiser la portée d’un accord lors du G20 sur les principes et modalités régissant la détermination des bonus des traders, il sera de peu de portée pratique et rapidement considéré comme « discriminatoire » vis-à-vis d’un groupe épinglé comme « bouc émissaire », s’il n’est pas suivi rapidement par une profonde remise en cause de la gouvernance d’entreprise au sens large.

 

Cette remise en cause doit s’articuler autour de plusieurs chantiers qui, quoique distincts, nécessitent d’être appréhendés d’une façon cohérente. Citons entre autres :

 

-          Repenser la « responsabilité » et la « compétence » des mandataires sociaux. Etudier les questions de cumul, de conflits d’intérêts et de rémunération.

 

-          Pour les sociétés cotées : étudier le conflit d’intérêt qui existe au niveau des « investisseurs institutionnels » : leur loyauté est-elle vis-à-vis de la société où ils investissent ou vis-à-vis de leurs propres actionnaires (investisseurs – assurés - pensionnés etc.) ?

 

-          Introduire dans l’UE le concept américain d’une distinction entre titres « enregistrés » (admis à la cote de la bourse et librement négociables) et titre « non enregistrés » (dont la cession est soumise à des règles particulières). Entreraient dans la deuxième catégorie, soit les titres appartenant à des actionnaires de contrôle (pris individuellement ou membres d’un pacte d’actionnaires ou encore d’un tour de table) qui pourraient donner droit, en contre partie d’une liquidité restreinte, à un pouvoir de vote accru; soit les titres émis en vertu de l’exercice d’un droit (warrant - stock option – conversion d’une obligation convertible) dont la mise sur le marché devrait faire l’objet d’une publicité spécifique.

 

-          Renforcer la lutte contre les paradis fiscaux en excluant d’une protection des pouvoirs publics, les institutions financières qui n’auraient pas adhéré à une « charte d’échange d’information » ainsi que les déposants qui leur confieraient leurs avoirs. La liste des institutions « agrées » serait publique mettant clairement la responsabilité du risque sur le dos du déposant et réduisant considérablement celui du contribuable en cas de difficultés.

 

Après la médiatisation – excessive – du dossier emblématique des bonus il sied au G20 et à l’UE de prendre à bras le corps ces questions, souvent très délicates et impliquant des intérêts particuliers ou de «  place » très puissants, en s’y consacrant avec le même acharnement dont le Président Sarkosy à fait preuve vis-à-vis des traders.  A défaut d’un tel engagement, on peut craindre que les prémices d’une future crise ne soient déjà fermement ancrées dans la structure des marchés.

The Financial Crisis – Bonuses and the G20

 

Given the attention drawn to trader’s bonuses by Governments and media alike, one would be tempted to conclude that an agreement on the subject during the forthcoming G20 meeting in Pittsburgh would be an essential building block in reforming the regulatory framework of the global financial markets as well as constitute a major success in managing the exit of the crisis.

 

Let us try to put things back into perspective:

 

-          There is no doubt that the current structure of trader’s remuneration is unhealthy to the extent that it has engineered an excessive appetite for risk.

-          The absolute amounts of some compensation packages can be considered obscene, particularly within the context of the financial and economic crisis whose cost is largely shouldered by the taxpayer.

-          It is shocking that financial institutions, which are benefitting from any form of official support, remain free to grant outsized pay packages.

 

The French initiative, endorsed by EU Finance Ministers, to set standards is fully appropriate, in particular the proposal to exclude financial institutions, which do not conform to a series of sound remuneration practices, from bidding for public “mandates”. More than any other measure, exercising this “originator’s prerogative” is likely to entice major financial institutions to heed the recommendations because such mandates are not only highly lucrative but also reflect on the firm’s prestige to which they are very sensitive. The temporary acquisition of equity stakes by governments in failing companies foreshadows highly profitable “privatisation” mandates in the wake of exiting the crisis.

 

That being said, public opinion should be aware that:

 

-          Traders are by no means the cause of the financial crisis.

-          Excessive remunerations extend to a much wider constituency encompassing in particular Directors and Senior Management of corporations, the character of which is equally if not more shocking. Indeed, in the case of banks it is the Officers who are responsible for setting the pay of employees (including traders) which then are used to “justify” their own outlandish remunerations.

 

Without wishing to minimise the positive impact of reaching an agreement at the G20 meeting on the principles and modalities relating to “trader’s bonuses”, it will be of scant practical value and be rapidly considered as discriminatory towards a group victimised scapegoats if it is not rapidly followed by deep reforms in other aspects of corporate governance.

 

These broader considerations cover a number of distinct areas which need to be tackled in a comprehensive, coherent and coordinated fashion. They include inter alia:

 

-          Reconsideration of the responsibility and competencies of corporate officers. Examination of the questions relating to the number of mandates, conflicts of interest and remuneration.

 

-          For listed companies: analysis of the embedded conflict of interest that exists at the level of “institutional investors”: is their loyalty to investee companies of to their own shareholders (investors – insurance holders – pensioners, etc.)? What consequences should be drawn?

 

-          Introduction in the EU of the American concept of “registered shares” (listed and freely negotiable) and “unregistered shares” (the negotiability of which is subject to specific rules). This latter category would include on the one hand shares owned by controlling shareholders (insiders - whether acting individually or in concert) which could benefit from enhanced voting rights as compensation for restricted liquidity and on the other hand to shares issued in exchange for exercising rights (warrants – stock options – conversion of debentures), the sale of which should be subject to specific disclosure requirements.

 

-          Strengthening the oversight over tax havens by excluding from any form of “official support” (deposit insurance) institutions who would not have voluntarily adhered to an “exchange of information charter” as well as depositors who would have entrusted them with funds. The list of participating institutions would be public, putting the responsibility for ignoring it squarely on the shoulders of depositors and reducing considerably the exposure of taxpayers in case of problems.

 

After the excessive (?) media attention given to bonuses, it behoves the G20 and the EU to address forthwith these sensitive questions involving many powerful private and national interests with the same degree of commitment that President Sarkosy demonstrated in tackling trader’s compensation. Failing to do so can only suggest that the premises of a future crisis are already firmly anchored within the existing market framework.

 

19:38 Écrit par Paul N. Goldschmidt 13 Ave. Victoria 1000 Bruxelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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