08/06/2009

Elections : le MR serait-il un mauvais perdant ?

A suivre les débats et déclarations qui ont suivi l’annonce des résultats des élections régionales, on peut se demander si nos politiciens (notamment MR), commentateurs et autres experts du côté francophone ont perdu le sens des réalités.

 

Avec un peu de bonne foi, il n’est cependant pas compliqué de tirer immédiatement des enseignements assez clairs et simples du résultat des élections.

 

Sur le plan des résultats d’abord : il y a un seul gagnant : Ecolo, en ce qui concerne les perdants, cela dépend du point de vue où l’on se place : en sièges il n’y a qu’Ecolo qui progresse; en voix le PS et MR perdent et le CDH se maintient. Du point de vue des « forces en présence », le PS à la main en Wallonie et le MR à Bruxelles.

 

Dans la pratique cela peut se résumer ainsi :

 

Quelles que soient les élucubrations intellectuelles auxquelles on peut se livrer, il est difficile de proclamer  une « victoire » du MR à Bruxelles où il perd un siège même s’il devient le premier parti. Il y a pour cela deux raisons: d’abord la coalition sortante (tripartite) renforce sa majorité (grâce au score d’Ecolo) et on ne peut donc prétendre qu’il y a désaveu de l’électeur Bruxellois, même s’il indique clairement un désire d’une prise en compte significative du programme d’Ecolo en cas de reconduction de la coalition actuelle; ensuite, parce qu’en appliquant les critères de victoire concoctés par le MR, celui-ci se doit de reconnaître une « victoire » parallèle du PS en Wallonie même si les deux partis perdent des sièges car, malgré une régression plus importante du PS, celui-ci reste très largement en tête.

 

Dans ces conditions l’issue probable des négociations pour la formation des gouvernements régionaux et communautaires se présente comme suit:

 

-          A Bruxelles-Capitale, reconduction de l’olivier mais sous présidence Ecolo.

-          En Wallonie, élargissement de la coalition actuelle à Ecolo sous présidence PS.

-          A la Communauté française même coalition mais on peut se poser la question de savoir si la présidence reviendra au PS ou si, par souci de souder les équipes autour d’un programme commun ambitieux, ce poste sera proposé au CDH.

 

Il est clair que du point de vue de l’efficacité, cette configuration est de très loin la  plus cohérente. Elle permet aussi de donner une crédibilité à la volonté affichée de réforme de la gouvernance et de l’éthique, conditions non négociables pour Ecolo soutenu par le CDH et acceptées par le PS.

 

Le MR devra donc se résigner à poursuivre sa cure d’opposition au plan régional et communautaire. Il faut espérer qu’il ne lui vienne pas à l’idée de jouer les troubles fêtes par dépit en précipitant une crise au fédéral où le résultat des élections de 2007 continue à légitimer totalement son maintien. Une telle attitude serait entièrement irresponsable à la veille d’une reprise des négociations communautaires qui s’annoncent difficiles au vu des résultats dans le nord du pays, d’autant plus que le président du MR a été très clair sur la nécessité de présenter un front francophone uni dans ce dossier capital pour l’avenir des citoyens wallons et bruxellois. Provoquer des élections fédérales anticipées, même en s’abritant derrière la crise de l’Open VLD serait d’ailleurs une stratégie à haut risque pour le MR car l’électeur ne s’y tromperait pas et risquerait fort de confirmer le recul du MR par rapport à son score de 2007 et de 2009, lui ôtant du même coup ses ambitions au plan national.

 

Si les choses paraissent relativement claires du côté francophone, il ne faut pas sous-estimer les difficultés, côté néerlandophone. En effet, les deux grands vainqueurs sont, sans conteste,  le CD&V et la NVa. Si ces deux partis devaient gouverner ensemble, on se retrouverait en toute probabilité dans la situation de blocage qui a prévalu à l’époque du « cartel ». La prolongation de l’immobilisme ne pourrait manquer à terme de renforcer la radicalisation de l’électorat flamand en faveur du séparatisme (même s’il ne prend probablement pas en compte la vraie mesure des conséquences d’une telle démarche). Les premières déclarations du Président de la NVa n’augurent rien de bon en la matière. Par contre, le CD&V, qui est incontournable, devra éviter de se laisser piéger par on aile droite dans la polémique communautaire alors que les priorités socio-économiques induites par la crise financière doivent être au centre des préoccupations.

 

La polarisation de l’électorat flamand sur le flan droit de l’échiquier politique en même temps que se profile en Wallonie un glissement sensible vers le centre-gauche ne facilite en rien le rapprochement des points de vue.

 

Il reste à espérer que ce ne soient pas les citoyens, tant flamands que francophones, qui fassent, une fois de plus, les frais d’ambitions et d’intérêts personnels et partisans qui ont trop longtemps dominé la scène politique belge. Il est plus que temps que l’intégrité et la bonne gouvernance soient remis au centre du débat et que des hommes d’envergure, avec un sens de l’Etat prennent résolument en main les rennes du pouvoir.

22:54 Écrit par Paul N. Goldschmidt 13 Ave. Victoria 1000 Bruxelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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