16/04/2009

Elections Européennes: un enjeu majeur !

La crise représente le défi le plus grave que la construction européenne ait eu à affronter depuis sa création. C’est pourquoi les élections du 7 juin constituent un enjeu d’une importance capitale. L’intervalle de moins de deux mois doit absolument être consacré à mobiliser le citoyen, à mener un débat transparent et à le confronter aux conséquences implicites de son vote.

La question essentielle est de savoir comment l’Europe doit répondre à la tendance lourde d’une reprise en main par les pouvoirs publics d’une autorité suffisante au niveau économique, social et réglementaire pour corriger les dérives causées par l’excès de dérégulation et une foi aveugle dans les « vertus » auto correctrices du marché, à la base de la crise actuelle.

 

Très superficiellement on peut partager le siècle écoulé en plusieurs périodes : s’ouvrant sur une première « mondialisation » largement entamée au XIXème siècle, celle-ci conduit à l’exacerbation des « intérêts nationaux » pour la domination des échanges, débouchant sur la première guerre mondiale. Après l’échec d’une tentative de rétablir le « status quo ante », la crise financière de 1929 suivie de la dépression des années 1930 fait basculer (mais dès 1917 pour l’URSS) la planète vers une étatisation du pouvoir qui, dans les pays fascistes et communistes, prend un caractère totalitaire alors que dans les démocraties il se manifeste sous l’aspect du New Deal aux Etats-Unis et du Front Populaire en France. Cette période prendra fin en plusieurs étapes avec la défaite des puissances de l’axe puis le rétablissement très progressif d’une économie de marché, pour culminer à la fin des années 1980 par l’effondrement du communisme soviétique et l’échec des « économies planifiées ».

 

S’ouvre alors une ère nouvelle où  le capitalisme s’installe progressivement au niveau mondial: au fur et à mesure qu’il se débarrasse du carcan réglementaire, vestige de la période précédente, le « capitalisme financier » s’impose. Les progrès technologiques, notamment dans les communications, conduisent à la création de groupes industriels et financiers dont les tentacules planétaires ont tôt fait de réduire les pouvoirs publics à leur service par le jeu de l’arbitrage (terme poli pour ne pas dire chantage) qu’il soit financier, fiscal, social ou réglementaire.

 

La création de richesses, indéniable, et une réelle prospérité partagée qui a accompagné les premières décennies du démantèlement de l’appareil étatique ont créé l’illusion qu’une liberté toujours plus grande des marchés constituait la recette infaillible d’une croissance maîtrisée et perpétuelle. L’absence de contestation efficace à la supériorité du capitalisme de marché a masqué les distorsions croissantes qui infiltraient le système et une répartition des fruits de la croissance de plus en plus inégalitaire.

 

C’est donc l’exacerbation de ces facteurs qui a conduit à la crise actuelle. Elle a pris des proportions telles qu’elle a nécessité une reprise en main par les pouvoirs publics des leviers de commande qu’ils avaient progressivement abandonnés. Rendons leur un premier hommage mérité quant à la célérité avec laquelle ils ont réagi : tout d’abord les autorités monétaires qui ont pallié aux effets les plus graves d’un assèchement des liquidités; ensuite les gouvernements qui ont concocté des « plans de relance » d’une ambition sans précédent dans l’espoir d’enrailler la récession qui, pour la première fois, affectait simultanément l’ensemble des grands acteurs économiques de la planète, rendus solidaires au travers du mécanisme irréversible de la mondialisation.

 

Simultanément, les « grands de ce monde » ont lancé un processus de réformes dont l’objectif est d’empêcher qu’à l’avenir de telles dérives puissent se reproduire. Les manifestations les plus emblématiques de cette orientation ont été les réunions du G20 de Washington et Londres.

 

Jusque là, il n’y a pas grand-chose à redire quant au processus engagé. Il est cependant porteur de germes qui, si l’on n’y prête garde, pourraient déboucher sur un mouvement de balancier en sens inverse, tout aussi dévastateur que les maux qu’il cherche à prévenir et, dans ce contexte, la position d’une Union Européenne non encore « aboutie » est particulièrement vulnérable.

 

D’un point de vue pragmatique, la « coordination renforcée » préconisée par les autorités politiques, semble la seule réaliste, que ce soit en matière réglementaire, de politique économique, de normes sociales ou de tout domaine où s’exercent la souveraineté des Etats. Cela étant, l’influence qu’exercera un participant au dialogue et sa capacité de peser sur les décisions tout en défendant au mieux les intérêts de ses ressortissants, seront directement proportionnels à son poids économique et démographique.

 

Les 27 Pays Membres de l’Union Européenne se trouvent devant un choix décisif quant à la manière dont ils choisiront d’être représentés dans les débats à venir: soit ils optent pour une représentation individuelle, renforçant la tendance « intergouvernementale » que la crise semble imprimer à la construction européenne, soit ils se font représenter collectivement par l’Union à la table des négociations.

 

La première alternative ne peut que conduire à une défense inefficace des intérêts de chacun des pays concernés, lorsqu’ils devront faire valoir leurs points de vue face aux puissances telles que les Etats-Unis, la Chine, l’Inde,  la Russie ou le Brésil. De plus cela favorisera des « alliances à la carte » au gré des intérêts particuliers des Etats Membres, ce qui pourrait miner la solidarité européenne sinon son « acquis communautaire ».

 

La deuxième, qui implique une vision et un courage politique certains de la part des Pays Membres, devrait permettre à l’Union Européenne de faire valoir son point de vue comme représentant du plus grand et riche marché de la planète pour s’opposer vigoureusement aux tentations protectionnistes qu’une approche en ordre dispersé favorise et dont les conséquences désastreuses sont avérées.

 

C’est aussi comme détenteur de la deuxième monnaie de réserve mondiale qui peut prétendre jouer un rôle de contrepoids à la toute puissance du dollar US, que l’Europe peut s’imposer comme un acteur incontournable dans la réforme du système financier  qui se profile. Cette approche est bien plus porteuse d’avenir que les constructions de monnaies synthétiques (DTS etc.) car ces dernières – dont l’usage effectif serait limité - ne réduiraient en rien, dans la pratique, la suprématie de la devise américaine.

 

 

C’est pourquoi, à la veille des élections européennes il faut poser clairement la question : veut-on une Europe forte et solidaire sur le plan interne capable de défendre l’intérêt de ses citoyens dans un monde globalisé où une coordination accrue doit s’imposer à tous, ou veut-on prendre le chemin nationaliste d’un repli identitaire désuet (en matière économique et financière en tous cas) qui, comme l’histoire du XXème siècle l’a montré, conduit inexorablement au conflit.

 

Dans le mouvement de balancier visant à rééquilibrer la place de la puissance publique dans la gouvernance mondiale, il est crucial de ne pas répéter les erreurs du passé et de conserver les acquis indéniables en matière de création de richesses dont un « système capitaliste ouvert et régulé » est porteur.

 

La politique menée par certains des « grands » pays européens, visant à pousser la dérive intergouvernementale de l’Union (piliers II et III)  au détriment  du supranational (pilier I) ne peut que conduire à l’affaiblissement permanent de l’Union qui sera amenée de plus en plus à subir son avenir au lieu de le gérer.

 

Il serait heureux que les candidats au Parlement Européen et les partis qui les soutiennent se déterminent clairement sur ces enjeux cruciaux afin d’éclairer leurs électeurs sur le rôle capital et constructif que l’Europe peut jouer dans la gestion de la crise qui préoccupe le citoyen au premier chef.

14:49 Écrit par Paul N. Goldschmidt 13 Ave. Victoria 1000 Bruxelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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