02/04/2009

La démocratie en danger !

« Le Vatican, combien de divisions? » s’interrogeait Joseph Staline. L’URSS en a pourtant fait les frais quelques 40 ans plus tard. De même, la survie d’une Belgique unitaire, vieille de 175 ans, paraît beaucoup plus compromise que celle l’Eglise, deux fois millénaire. Surtout si son avenir est confié à nos politiciens qui, comme de coutume, s’adressent prioritairement en ces temps de crise, aux « choses qui préoccupent vraiment le citoyen » à savoir donner des leçons à une des rares autorités morales indépendantes qui s’exprime encore librement.

 

Si le préservatif ne « tue » pas, le ridicule lui, comme chacun le sait, est létal. Nos élus pourront s’enorgueillir, au lendemain des élections du 7 juin, d’avoir contribué au  renforcement des partis anti-démocratiques qui se feront un plaisir d’exploiter cyniquement cette monumentale bêtise que constitue la motion de censure du Pape, qui sera votée à une très large majorité par la Chambre.

 

Que la communication sur des sujets délicats soit un art qui est encore loin d’être maîtrisé par le Vatican est une évidence. Par ailleurs, que des voix se soient élevées contre les propos tenus par le Saint Père est normal et sain, car la liberté d’expression est une valeur de notre civilisation qui vaut d’être défendue.

 

Ce qui est affligeant, c’est l’exploitation politicienne faite en Belgique par les « intégristes laïques » (dont il est légitime de se demander si leur agenda « anticlérical » ne prime pas sur leur sollicitude d’opportunité pour le drame du sida) d’un incident qui, certes mérite débat sur le plan intellectuel, mais qui peut, de ce fait même, donner lieu à des points de vue divergents. Qu’il en soit ainsi est démontré par la multiplicité des déclarations allant dans les deux sens de la part d’autorités scientifiques, religieuses et morales au nombre desquelles il faut notamment citer l’appui donné au Vatican par des autorités africaines, concernées au premier chef.

  

Particulièrement dangereux pour la démocratie, est le fait que la motion de la Chambre, sur un sujet « éthique » fasse l’objet d’un consensus « politique », alors qu’un vote libre des députés sur un tel sujet devrait être la norme.  L’ensemble des députés vont donc être appelé à voter un texte de « compromis » (pour ne pas dire compromission) négocié par les Membres de la Commission des Affaires étrangères.  Ce type de résolution aurait du être porté à visage découvert par ses auteurs, en ce compris les âneries que constituent le « rappel de l’ambassadeur belge auprès du Saint Siège ». Cette procédure en aurait certainement assuré la défaite (le Gouvernement n’étant pas prêt à se ridiculiser à ce point). Au lieu de cela les Partis ont choisi l’hypocrisie en présentant le « compromis » comme une victoire. Pourtant, une motion, même rejetée, aurait atteint une partie des objectifs légitimes de ses auteurs en attirant l’attention des médias sur ce sujet de société important.

 

Cet article est écrit avant le vote. Il sera intéressant de compter le nombre des députés, membres des partis « démocratiques », qui auront le courage de leurs convictions (ou qui iront boire un verre au bar lors du vote), car il est statistiquement impensable qu’il n’y ait pas une divergence d’opinion dans un groupe aussi hétérogène. Le résultat sera un baromètre  sur la qualification de notre système politique : démocratie ou particratie et des valeurs qu’il porte.

 

A bon entendeur……

12:10 Écrit par Paul N. Goldschmidt 13 Ave. Victoria 1000 Bruxelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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