12/02/2009

Union Européenne: Temps pour de nouvelles initiatives !

 

La confirmation de l’intensification de la récession mondiale créé sa propre spirale qui alimente les feux destructeurs du nationalisme et du protectionnisme.

 

D’une façon générale, les Gouvernements ont pris des mesures vigoureuses qui ont, jusqu’à présent, évité les scénarios catastrophes, c'est-à-dire une crise financière systémique. Il devient cependant évident que la détérioration brutale de l’économie mondiale contrecarre sérieusement les efforts menés pour réparer un système financier sévèrement endommagé.

 

Les auditions au Congrès à Washington et à Westminster, en dehors de l’humilité inhabituelle et salutaire des patrons de grandes banques interrogés, démontrent qu’en dépit des montants faramineux d’argent public dépensés pour renflouer le système, le crédit n’est plus accessible à un nombre croissant d’acteurs économiques qui pourraient en avoir besoin.  Il y a, à cela, des raisons assez simples :

 

-          La détérioration de la solvabilité des emprunteurs qui résulte de la crise elle-même.

-          Le retrait du marché de nombreux intermédiaires financiers « non bancaires » qui représentaient parfois jusqu’à 40% du marché national et/ou  le retrait des banques étrangères.

-          Les contraintes imposées par le cadre réglementaire en matière de ratios de solvabilité/liquidité. (Les injections de capitaux dans une série de banques au travers de mesures gouvernementales ont servi notamment de capital de « remplacement » pour rétablir une situation fragilisée plutôt que de base à une expansion de la masse des crédits).

 

La plupart des banques interviewées, et dont la solvabilité demeurait satisfaisante, ont témoigné qu’elles soutenaient sans réserve – et étaient parfaitement en conformité avec – les politiques gouvernementales. Malheureusement l’impact négatif cumulé des trois facteurs cités ci-dessus dépasse de loin la capacité de ces institutions à compenser les déficiences du système pris dans son entièreté. Ce sont ces déficiences qui sont ressenties par le citoyen qui reporte sa colère – parfois à mauvais escient – sur le  sauvetage de « Wall Street » par « Main Street », ou son équivalent européen, pour utiliser le cliché devenu familier.

 

Il s’avérera très difficile de rétablir le fonctionnement normal du marché du crédit tant que l’économie générale n’aura pas été stabilisée. Les Gouvernements semblent avoir pris la mesure du problème en initiant des programmes de relance d’une ampleur sans précédent.

 

Une des difficultés majeures de cette politique réside dans le fait qu’elle encourage les Gouvernements à accompagner la relance par des mesures protectionnistes directes ou indirectes.  Il y a cependant une quasi unanimité d’opinion que ces mesures vont aggraver plutôt que résoudre le problème. Une solution ne peut être trouvée que par consensus, étant donné l’intégration de l’économie mondiale au travers du processus irréversible de globalisation.

 

C’est dans ce domaine que l’Union Européenne, aiguillonnée par la Commission, devrait instrumentaliser une nouvelle initiative visant simultanément le marché intérieur et extérieur.

 

En ce qui concerne le marché intérieur, le Conseil Européen devrait réaffirmer le mandat de la Commission – en tant que gardienne des Traités – de veiller à l’application de toutes les règles du marché unique. En d’autres termes, les 27 pays Membres devraient réaffirmer leur détermination d’éviter de prendre des mesures qui discrimineraient entre eux. Ce faisant, ils ne feraient qu’appliquer le Traité, tout en apportant la démonstration qu’ils sont prêts à s’opposer au protectionnisme au-delà d’un discours de pur forme. 

 

En échange, l’Union Européenne devrait prendre une attitude beaucoup plus ferme vis-à-vis de l’extérieur. En parlant d’une seule voix, et représentant le plus riche marché du globe avec ses 450 millions d’habitants, l’Union, tout défendant le principe d’un marché ouvert, devrait être en mesure de s’opposer résolument aux éventuelles mesures protectionnistes envisagées par ses plus importants partenaires commerciaux. Le cas échéant,  Elle serait en mesure d’imposer des sanctions crédibles, clairement hors de portée des pays Membres individuellement. La crédibilité d’une telle politique est renforcée par le fait que le marché intérieur représente quelque 85% des échanges commerciaux, ce qui donne à l’Union une autonomie comparable à celle dont bénéficie les Etats-Unis.

 

Le quid pro quo pour chaque pays Membre est simple : une plus grande solidarité interne en échange d’une défense plus vigoureuse et crédible des intérêts de l’Union vis-à-vis de l’extérieur. Une telle solidarité établit également une base solide pour mettre en œuvre une coordination plus étroite des politiques économiques et financières qui, à ce jour, demeurent largement confinées à des déclarations d’intention.

 

Il y a un second domaine dans lequel la Commission pourrait envisager de rétablir sa crédibilité, entamée au fur et à mesure de l’approfondissement de la crise. Alors que la Présidence française – hyper active et réussie – a pu donner l’illusion d’une Europe plus déterminée, des pays Membres (y compris la France) ont saisi l’occasion offerte par les circonstances pour réaffirmer la préséance du caractère intergouvernemental de l’Union sur ses aspects supra-gouvernementaux. Ceci ressort du caractère purement national des plans de relance et autres mesures d’intervention, ainsi que d’un dédain non dissimulé pour l’esprit, sinon la lettre, du cadre législatif et réglementaire de l’Union comme par exemple du Pacte de Croissance et de Stabilité, du droit à la  libre circulation des travailleurs etc.

 

La situation particulièrement difficile à laquelle les pays Membres sont confrontés, entraînera pour la plupart d’entre eux des déficits budgétaires importants et une augmentation de la dette publique significative pour les financer. L’approche « nationale » adoptée par les pays Membres se reflète déjà dans le marché au travers de l’accroissement du différentiel des « primes de risque » que certains doivent payer par rapport à d’autres. Ce phénomène affecte également certains pays Membres de l’Union Economique et monétaire. Parallèlement, les notations de certains Membres sont aussi remis en question (Irlande – Espagne – Belgique). Cette évolution dangereuse pourrait – à terme – porter atteinte à la crédibilité de la monnaie unique.

 

Ce serait donc un moment particulièrement bien choisi pour réactiver et réactualiser le programme communautaire « d’aide à la balance des payements » en le rebaptisant pour refléter la possibilité d’un accès par tous les pays Membres (les membres de l’Eurozone n’ayant plus – à titre individuel – de problèmes de balance de payements).

Ce programme devrait avoir une taille significative (€200 milliards ?) ce qui lui procurerait une visibilité appropriée à la valeur ajoutée que l’Union est capable de fournir à ses Membres. Bénéficiant d’une notation AAA,  les emprunts au nom de l’Union diminueraient le coût de financement des Membres les plus faibles, réduisant leurs déficits budgétaires à due concurrence. La structure « pass through » du véhicule financier, couplée à la garantie de l’Union, ne pèserait pas sur le budget communautaire, à moins qu’un emprunteur soit en état de cessation de payements, ce qui demeure hautement improbable pour un Membre de l’Union, même en temps de crise.

 

Par de telles propositions, la Commission Européenne renforcerait considérablement son image à la veille des élections parlementaires européennes et de son propre renouvellement. Ce faisant, elle contribuerait à transformer les défis posés par la crise en une formidable opportunité pour renforcer l’intégration européenne tout en créant une base solide pour la reprise économique et le retour à la prospérité.

19:03 Écrit par Paul N. Goldschmidt 13 Ave. Victoria 1000 Bruxelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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